L’archipel des Moluques : une leçon d’histoire particulièrement épicée !

L’archipel des Moluques : une leçon d’histoire particulièrement épicée !

Souhaitez-vous marcher dans les pas des grands explorateurs tel Magellan ?

Préférez-vous visiter les mythiques îles aux épices qui ont attirées la convoitise des puissances coloniales européennes et pour lesquelles elles se sont livrées une lutte sans merci ?

Ou bien êtes-vous simplement en quête d’un paradis tropical encore peu connu et faiblement fréquenté ?

Si vous avez répondu positivement à au moins l’une de ces questions, cet article est fait pour vous.

Laissez-nous vous conter la fabuleuse histoire des îles aux épices !

Les épices des Moluques : une histoire ancienne et tourmentée

Les épices originaires des Moluques sont utilisées depuis l’Antiquité. Ce sont les autochtones relayés par les marchands chinois puis arabes qui les ont faits connaître en Europe.

Au Moyen-Age, les noix de muscade et les clous de girofle étaient particulièrement recherchés. Ils servaient à conserver la nourriture, mais également de remèdes contre la peste : on piquait une orange de clous de girofles et on la laissait pendre sa ceinture pour éloigner la maladie !

Leur valeur commerciale atteignit vite des sommets. Les Portugais entreprirent des expéditions, dont le célèbre tour du monde en bateau de Magellan en 1521, pour rejoindre ces îles aux épices. Malheureusement pour ce dernier, il mourut tragiquement d’une flèche empoisonnée aux Philippines avant d’avoir atteint le but de son expédition.

Les Portugais furent suivis de près par les Anglais. Mais ces deux puissances furent bientôt doublées par les Hollandais. Ces derniers n’hésitèrent pas à détruire l’ensemble des plantations de muscadiers et de girofliers du Nord des Moluques. Ils voulaient les concentrer sur l’archipel des Banda afin de mieux contrôler le commerce d’épices. Pour s’en assurer le monopole.

Vue sur le fort Belgica, construit par les Hollandais sur les restes d’un fort Portugais à Banda Neira, dans l’archipel des Banda aux Moluques.
Vue sur le fort Belgica, construit par les Hollandais sur les restes d’un fort Portugais à Banda Neira, dans l’archipel des Banda aux Moluques.

La population de certaines îles fut massacrée, déportée ou réduite en esclavage par la terrible VOC, Compagnie des Indes Orientales. Les Anglais se réfugièrent toutefois sur l’île de Run dans l’archipel des Banda. Les Hollandais ne parvinrent pas à les en déloger mais avaient préalablement réussi à raser les plantations de muscadiers de l’île.

Après de nombreuses tractations, les Anglais décidèrent finalement d’abandonner l’île devenue désormais sans valeur en échange d’une île encore inconnue à l’époque. Je vous laisse deviner laquelle…Pas trop d’idée ? Et bien, c’est tout simplement l’île de Manhattan. Vous imaginez ? Quel destin pour l’île de Run ! Qui pouvait se douter à l’époque du destin croisé de ces deux îles ?

Si vous êtes intéressés, un excellent article de Courrier International raconte cette histoire haute en couleur plus en détails :INDONÉSIE. Ile de Run contre Manhattan : la guerre de la noix de muscade.

Le commerce des épices a été fructueux jusqu’au XIXème siècle, puis les Anglais encourageant les plantations dans leurs colonies indiennes et africaines, celui-ci s’est ralenti. L’avancée des techniques de conservation des aliments et le développement du synthétique y est également pour beaucoup.

De nos jours, les épices font toujours partie de la vie des Bandanais et constituent une source de revenus en plus de la pêche et du tourisme qui se développe doucement.

De cette épopée coloniale douloureuse, il subsiste quelques forts pour la plupart en ruines et de belles demeures coloniales construites à l’apogée de la puissance de la VOC.

Vendeuse d’épices à Banda Neira, dans l’archipel des Banda aux Moluques.
Vendeuse d’épices à Banda Neira, dans l’archipel des Banda aux Moluques.
Poissons séchés et vue sur le Gunung Api à Banda Neira, dans l’archipel des Banda aux Moluques.
Poissons séchés et vue sur le Gunung Api à Banda Neira, dans l’archipel des Banda aux Moluques.
Le Delfica : une ancienne demeure coloniale de Banda Neira reconvertie en pension pour touristes.
Le Delfica : une ancienne demeure coloniale de Banda Neira reconvertie en pension pour touristes.

Quels sont vraiment ces épices tant convoités ?

Les épices originaires des Moluques et que l’on ne trouvait nulle part ailleurs sont les clous de girofle et la noix de muscade. D’autres épices comme la cannelle ou le poivre sont néanmoins également cultivés. Aujourd’hui, leur culture s’étend sur d’autres îles et le clou de girofle est cultivé de façon industrielle, notamment pour la confection des Kreteks : les cigarettes au clou de girofle. Si vous avez visité l’Indonésie, vous vous souvenez sûrement de ces cigarettes à l’odeur si caractéristique.

Clous de girofle

Le giroflier est petit arbre mesurant une quinzaine de mètres et pouvant vivre une centaine d’année.

Giroflier sur l’île de Saparua, près d’Ambon aux Moluques.
Giroflier sur l’île de Saparua, près d’Ambon aux Moluques.

Les clous de girofle en sont les boutons floraux. On les récolte avant qu’ils ne fleurissent. Ils sont ensuite mis à sécher au soleil, ce qui leur donne une teinte brune qui les fait ressembler à de petits clous, d’où leur nom.

Ils sont utilisés pour leur qualités gustatives et constituent notamment l’un des ingrédients du pain d’épices. Ils possèdent également des vertus thérapeutiques. Ils sont notamment connus comme antiseptiques et utilisés encore aujourd’hui en Asie pour soigner le mal de dents.

Clous de girofles séchant au soleil, sur l’île de Saparua, près d’Ambon aux Moluques.
Clous de girofles séchant au soleil, sur l’île de Saparua, près d’Ambon aux Moluques.

Noix de muscade

Le muscadier est un arbre mesurant entre dix et quinze de mètres qui ne supporte pas trop la lumière du soleil.

Muscadier sur l'île d'Hatta, dans l'archipel des Banda aux Moluques.
Muscadier sur l’île d’Hatta, dans l’archipel des Banda aux Moluques.

Pour cette raison, il pousse à l’ombre de plus grands arbres notamment du Kenari qui donne de superbes amandes, appelées noix de Kenari, qui ont un goût plus doux que celles des amandiers que nous connaissons en Europe.

Le Kenari est un arbre majestueux d’une cinquantaine de mètres et pouvant vivre plusieurs centaines d’années. De gigantesques contreforts supportent son tronc pour le stabiliser.

Contreforts du tronc d'un Kenari sur l'île d'Ai dans l'archipel des Banda aux Moluques.
Contreforts du tronc d’un Kenari sur l’île d’Ai dans l’archipel des Banda aux Moluques.
Kenari attaqué par un figuier étrangleur sur l'île d'Ai dans l'archipel des Banda aux Moluques.
Kenari attaqué par un figuier étrangleur sur l’île d’Ai dans l’archipel des Banda aux Moluques.

Mais, revenons au muscadier.

La noix se trouve à l’intérieur du fruit qui est lui-même consommé pour sa chair. Elle est recouverte d’une membrane rouge appelée macis ou fleur de muscade qui une fois séchée peut être utilisée comme épice à la place de la noix. La fleur de muscade a un parfum légèrement différent de la noix.

A l’intérieur de la coque se trouve la noix proprement dite qui est consommée râpée notamment en purée ou pour accommoder certaines viandes. La noix de muscade comporte des substances stupéfiantes et est parfois utilisée comme une drogue. A haute dose, elle peut même devenir mortelle ! Mieux vaut ne pas en abuser.

Lors de notre périple, nous n’avons toutefois pas rencontrés d’autres utilisations que culinaires !

Fruit du muscadier, et noix recouvertes de leur macis, sur l’île de Hatta dans l’archipel des Banda.
Fruit du muscadier, et noix recouvertes de leur macis, sur l’île de Hatta dans l’archipel des Banda.
Noix de muscades dans leur coque séchées au soleil, sur l’île de Hatta dans l’archipel des Banda.
Noix de muscades dans leur coque séchées au soleil, sur l’île de Hatta dans l’archipel des Banda.

Pourquoi visiter les Moluques aujourd’hui ?

Si vous êtes :

  • nostalgique de l’époque des grandes explorations,
  • amateur d’histoire ou d’épices,
  • ou simplement curieux de l’origine des produits qui finissent dans votre assiette,

vous aurez déjà compris l’intérêt de visiter l’archipel des Banda.

Parfois, il est bon de revenir à l’essence même des choses, de voir le temps s’écouler comme au ralenti et de se rapprocher de la nature. Un séjour en Indonésie (hors des sentiers touristiques) et particulièrement aux Banda remplira parfaitement cette fonction.

Les îles aux épices sont visitées aujourd’hui par des amateurs de fond marins pratiquant la plongée ou le snorkelling.

Il est vrai que ces îles, et plus particulièrement l’île de Hatta et celle d’Ai dans une moindre de mesure constituent un vrai paradis avec des coraux intacts et variés et une multitude d’espèces de poissons.

Avec un tombant d’une trentaine de mètres de profondeur à proximité du rivage, le Kampung Lama de l’île d’Hatta possède le meilleur spot. On peut y voir également de grosses espèces, entre autres  :

  • requins à pointes noirs,
  • requins marteaux,
  • dauphins,
  • raies,
  • tortues,
  • poissons napoléons.

Lors des périodes de migration entre septembre et novembre, il est apparemment possible d’apercevoir également des baleines. Si vous voulez voir les quelques photos prises en faisant du snorkelling à quelques mètres seulement de la plage, ce qui a permis également aux enfants de nager avec des tortues et d’apercevoir des requins, c’est ici : La vie sous-marine des Moluques.

Vous pourrez également croiser une autre catégorie de visiteurs, des voyageurs au long cours qui cherchent le calme et la solitude pour quelques semaines ou quelques mois en partageant le rythme tropical des insulaires. Passer quelques journées à pêcher, à chercher des coquillages ou observer les poissons : on peut vite s’y laisser prendre. Un séjour de quelques jours se transforme généralement en quelques semaines…

La fameuse île de Run vue depuis Neileka, dans l'archipel de Banda aux Moluques.
La fameuse île de Run vue depuis Neileka, dans l’archipel de Banda aux Moluques.
Pêcheur sur l'île de Neileka dans l'archipel de Banda aux Moluques.
Pêcheur sur l’île de Neileka dans l’archipel de Banda aux Moluques.
Vue sur le Gunung Api , volcan actif dans l'archipel des Banda aux Moluques.
Vue sur le Gunung Api , volcan actif dans l’archipel des Banda aux Moluques.

Hors saison, ce rêve de paradis perdu peut être encore possible : lors de notre séjour sur Ai, il n’y avait pas plus de trois ou quatre étrangers. C’est plus difficile de trouver de l’intimité à Hatta car tous les bungalows sont construits dans un périmètre réduit.

Un dernier mot sur l’archipel des Banda : son accès est long et difficile. Les quelques avions qui desservent le minuscule aéroport de Banda Neira depuis Ambon sont souvent annulés de même que les bateaux rapides. Il reste les bateaux de la Pelni (compagnie maritime nationale indonésienne), mais qui ne passent que toutes les deux semaines. Prendre un Pelni est une aventure en soi, nous en reparlerons certainement dans un prochain article.

Alors si vous rêvez d’aventure, de nature sauvage, d’histoires tourmentées et épicées, un séjour aux îles Banda saura vous ravir !

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